Le taro figure parmi les plus vieux légumes cultivés au monde — et pourtant, il reste étonnamment méconnu sous nos latitudes. 🌿 Peut-être l’avez-vous croisé en épicerie asiatique sous le nom de dachine, songe ou madère, sans vraiment savoir quoi en faire. Ou peut-être cherchez-vous une plante à grand feuillage exotique pour votre jardin ou votre bassin. Bonne nouvelle : le taro est tout cela à la fois. Voici tout ce qu’il est primordial de savoir pour comprendre, cultiver et même cuisiner cette plante fascinante.
Ce qu’il faut retenir
- Le taro (Colocasia esculenta) est une plante tropicale cultivée depuis plus de 2 000 ans pour son corme (tubercule) comestible. Connu sous de nombreux noms (dachine, songe, madère, malanga…), il peut atteindre jusqu’à 2 m de hauteur et se distingue par ses grandes feuilles déperlantes.
- Il ne faut pas le confondre avec les alocasias et autres « oreilles d’éléphant » : le taro appartient au genre Colocasia et se reconnaît notamment à son pétiole attaché sous le limbe de la feuille. Certaines variétés sont principalement alimentaires, d’autres surtout ornementales.
- Sa culture est possible en France, mais il exige chaleur, humidité et sol riche. Il peut être cultivé en pot, en pleine terre dans les régions douces ou en bassin. Très sensible au froid, il doit être protégé ou hiverné dès que les températures approchent de 0 °C.
- Le taro est un féculent nutritif, riche en amidon, fibres, calcium et fer. Ses feuilles apportent également des vitamines (A, B1, B2 et C). Son indice glycémique est modéré et sa farine est réputée digeste.
- Le taro ne doit jamais être consommé cru : tubercules et feuilles contiennent des cristaux d’oxalate de calcium irritants. Une cuisson prolongée (au moins 20 à 30 minutes) est indispensable. Une fois cuit, il peut être préparé en purée, soupe, curry, chips ou utilisé dans de nombreuses recettes traditionnelles à travers le monde.
Le taro, qu’est-ce que c’est exactement ?
Le taro (Colocasia esculenta) est une plante vivace herbacée de la famille des Aracées, originaire de Birmanie et de la région d’Assam, en Inde. Elle se développe à partir d’un corme — un tubercule souterrain charnu — et peut atteindre 2 mètres de hauteur avec des feuilles cordiformes portées par de longs pétioles. Un détail botanique qui ne manque jamais de surprendre : sa surface foliaire est déperlante, comme celle du lotus — les gouttes d’eau y roulent sans s’étaler.
Ce que beaucoup ignorent, c’est que le taro porte des dizaines de noms selon les régions du monde. En France d’Outre-mer, il est courant sous les appellations dachine, songe ou madère aux Antilles et en Guyane, songe ou arouille à La Réunion. On l’appelle aussi chou de Chine, malanga ou chou caraïbe. Derrière toutes ces identités se cache une seule et même plante, cultivée depuis plus de 2 000 ans — d’abord en Chine et en Malaisie, puis en Égypte, et jusqu’en Italie à l’époque romaine.
- Nom latin : Colocasia esculenta (L.) Schott
- Famille : Aracées (Araceae)
- Noms régionaux : dachine, songe, madère, malanga, chou de Chine, chou caraïbe
- Hauteur : 60 cm à 2 m
- Végétation : vivace tubéreuse (gélive hors régions douces)
Taro, colocasia, alocasia : comment les distinguer ?
C’est sans doute la confusion la plus fréquente en jardinage exotique. Les termes « taro », « colocasia » et « oreille d’éléphant » désignent souvent la même plante dans le langage courant — mais botaniquement, il s’agit de trois genres distincts aux caractéristiques bien différentes. 🔍 Voici comment les distinguer en un coup d’œil.
| Critère | Colocasia (taro) | Alocasia (oreille d’éléphant) | Xanthosoma (macabo) |
|---|---|---|---|
| Insertion du pétiole | Sous le limbe (feuille peltée) | Au bord du limbe | Au bord du limbe |
| Orientation de la feuille | Retombante | Dressée vers le ciel | Retombante |
| Forme du limbe | Cordiforme (cœur) | Cordiforme | Sagittée (pointe de flèche) |
| Tolérance à l’eau | Pieds dans l’eau possibles | Sol frais mais drainé | Pieds dans l’eau possibles |
| Comestibilité | Oui (tubercule + feuilles) | Variable, souvent non | Oui (tubercule) |
Le critère le plus fiable reste l’insertion du pétiole : chez le taro Colocasia, il se rattache sous le milieu du limbe (feuille dite « peltée »), ce qui lui donne cette silhouette légèrement inclinée. Une fois que vous l’avez repéré, il devient impossible de le confondre.
Les principales variétés de taro à connaître
Toutes les variétés de taro ne se valent pas selon votre objectif. Certaines sont cultivées pour leur tubercule savoureux, d’autres pour leur feuillage spectaculaire — et quelques-unes conjuguent les deux. Pour ce qui est du choix, il est donc primordial de savoir ce que vous attendez de votre plante avant de l’acheter.
| Variété | Usage principal | Particularités |
|---|---|---|
| Colocasia esculenta (espèce type) | Comestible + ornemental | Feuilles vert vif, corme principal entouré de petits cormes secondaires |
| Colocasia esculenta ‘Black Magic’ | Ornemental | Feuillage pourpre-noir saisissant, très décoratif en massif ou bord de bassin |
| Colocasia esculenta ‘Illustris’ | Ornemental | Limbe vert marbré de noir entre les nervures, effet graphique remarquable |
| Colocasia antiquorum | Comestible | Corme principal plus petit, nombreux petits cormes secondaires très productifs |
| Xanthosoma sagittifolium (macabo) | Comestible | Espèce proche, très répandue en Afrique centrale, feuilles sagittées |
| Alocasia macrorrhizos (taro géant) | Ornemental | Feuilles dressées vers le ciel, jusqu’à 3 m de haut, non recommandé en cuisine |
Un repère pratique pour la comestibilité des feuilles : seules celles des variétés à pétioles verts ou rouges du Colocasia esculenta se consomment sans risque. Les pétioles bruns ou violets foncés indiquent des variétés à réserver à l’ornement.
Comment planter le taro en France ?
Le taro est une plante tropicale qui a besoin de chaleur pour démarrer. En France métropolitaine, la plantation suit un calendrier précis selon le mode de culture choisi — et la première règle est simple : jamais avant que le froid soit définitivement passé. 🌱
Plantation en pot ou en pleine terre : que choisir ?
| Mode | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| En pot | Mobilité (rentrée hivernale facile), adapté à tous les climats, contrôle du substrat | Arrosage plus fréquent, tubercule plus petit, contenant volumineux nécessaire |
| Pleine terre | Croissance plus vigoureuse, grandes touffes possibles, production accrue | Réservé aux régions douces, arrachage hivernal requis ailleurs |
| En bassin | Humidité naturelle, effet décoratif maximal, entretien allégé | Pot à peine immergé (corme non noyé), pas d’engrais si présence de poissons |
Calendrier de plantation :
- Février-mars : démarrage en pot à l’intérieur, substrat riche, chaleur 20-25°C
- Avril-mai : repiquage en pleine terre (après les dernières gelées) ou mise en place sur le balcon
- Espacem ent en pleine terre : 50 cm entre les plants
Préparer le sol avant la plantation
Le taro est exigeant sur la qualité du sol. Il lui faut un substrat riche, humifère et légèrement acide — pensez à la terre qui convient aux courges : souple, nourrie, capable de retenir l’humidité sans être détrempée.
- À l’automne précédant la plantation : épandez du fumier ou du compost bien décomposé, puis retournez la terre en profondeur à la fourche-bêche
- Pour alléger un sol lourd : incorporez des cendres de bois
- Au printemps, juste avant la plantation : ameublissez légèrement la surface
- En pot : mélange terre de bruyère + sphaigne, contenant percé et volumineux
- Profondeur de plantation : 20 à 40 cm (buttez au fur et à mesure car le corme remonte)
- Portez des gants lors de la manipulation — les cristaux d’oxalate de calcium sont irritants pour la peau
Entretien du taro : arrosage, engrais et soins
Le taro a la réputation — justifiée — d’une plante qui aime l’eau. Tout manque d’arrosage, même momentané, stoppe net sa croissance et provoque la perte du feuillage. 💧 En pot et en été, un arrosage quasi quotidien peut s’avérer nécessaire par forte chaleur. Le paillage au pied de la plante est une précaution très efficace pour limiter l’évaporation et maintenir la fraîcheur du sol.
Côté fertilisation, le taro est gourmand en azote. Une fois le corme bien enraciné, apportez régulièrement un engrais pour plantes vertes ou du sang séché griffé au pied au printemps. Exception notable : si votre taro pousse dans un bassin avec des poissons, inutile de fertiliser — les déjections des poissons suffisent amplement. Le feuillage est votre meilleur indicateur : des feuilles pâles ou plus petites que d’habitude signalent un manque d’azote ou un arrosage irrégulier.
Un geste simple mais utile : pratiquez un léger buttage en été pour stimuler la formation des rhizomes et encourager une récolte plus généreuse à l’automne.
Hivernage du taro : comment le protéger du froid ?
C’est là que beaucoup de jardiniers perdent leur taro. Les seuils à retenir sont clairs : la croissance s’arrête sous 10°C, les feuilles gèlent à partir de -2°C, et les rhizomes sont en danger réel sous 0°C sans protection. En France métropolitaine, sauf dans les zones les plus clémentes (littoral méditerranéen, côte atlantique sud), il est donc impératif d’agir avant les premières gelées. ❄️
Option 1 — Protection en place (régions douces, -5°C occasionnels)
Coupez les tiges fanées, appliquez un paillage épais de 15-20 cm (feuilles mortes, paille) au pied de la plante. Couvrez éventuellement d’un voile d’hivernage pour limiter l’humidité excessive sur les rhizomes.
Option 2 — Rentrée en pot (balcon, terrasse, toutes régions)
Avant les premières gelées, rentrez le pot dans une pièce fraîche et lumineuse. Réduisez l’arrosage sans l’arrêter complètement si le feuillage est encore présent. Si la plante entre en dormance et perd ses feuilles, arrêtez d’arroser jusqu’au printemps.
Option 3 — Arrachage et conservation des cormes
Arrachez les cormes comme des dahlias en fin de saison. Laissez-les sécher quelques jours, puis conservez-les à 15-17°C dans un bac de tourbe sèche et de sable, à l’abri du gel et de l’humidité. Replantez au printemps après pré-germination en pot à 25°C.
Maladies, ravageurs et problèmes courants du taro
Le taro est globalement peu sujet aux maladies en extérieur, mais il peut rencontrer quelques problèmes en serre ou en intérieur, notamment quand l’air est trop sec. Voici les symptômes les plus fréquents et les solutions associées. 🔎
| Symptôme | Cause probable | Solution |
|---|---|---|
| Feuilles jaunissantes puis tombantes | Manque d’azote ou froid (sous 10°C) | Apport d’engrais azoté ou rentrée de la plante |
| Feuilles qui s’affaissent et tombent | Manque d’eau (même temporaire) | Reprise d’un arrosage régulier immédiat |
| Taches brunes ou noires sur le feuillage | Mildiou ou brûlures de froid | Traitement fongicide, protection contre le froid |
| Rhizomes mous ou décolorés | Pourriture (excès d’humidité en hiver) | Améliorer le drainage, réduire les arrosages hivernaux |
| Feuilles collantes ou présence de miellat | Pucerons, aleurodes | Savon noir dilué, insecticide naturel |
| Fines toiles sous les feuilles | Araignées rouges (air trop sec) | Augmenter l’hygrométrie, douche d’eau froide |
Pour éviter la pourriture des rhizomes — la cause de perte numéro un en hiver — veillez à pratiquer une rotation des cultures en pleine terre et à ne jamais replanter le taro au même endroit deux années de suite.
Récolte et conservation des tubercules de taro
Comptez en général 7 à 9 mois entre la plantation et la récolte, selon la chaleur et l’humidité de la saison. Le signal qui ne trompe pas : les feuilles les plus anciennes commencent à se dessécher spontanément. C’est le moment d’agir. Portez des gants pour l’extraction — les cormes frais contiennent encore des cristaux irritants.
La conservation pose souvent problème car les tubercules de taro ramollissent assez vite une fois déterrés. Plusieurs options s’offrent à vous pour prolonger leur durée de vie :
- Silo enterré : tapissé de fibres de noix de coco ou de feuilles de bananier, conservation 2-3 mois
- Congélation : éplucher avec des gants, couper en morceaux, congeler cru ou cuit
- Séchage : ébouillanter, couper en tranches fines, sécher au soleil, conserver en bocal hermétique
- Réfrigérateur : quelques jours seulement dans un sac fermé
Taro en cuisine : comment le préparer et le manger ?
⚠️ Règle absolue : le taro ne se consomme jamais cru. L’ensemble de la plante — tubercules ET feuilles — contient des cristaux d’oxalate de calcium qui provoquent des brûlures buccales et des troubles digestifs. Une cuisson prolongée (au moins 20-30 minutes à l’eau bouillante) détruit ces cristaux et rend la plante parfaitement comestible. Certaines variétés demandent même deux cuissons successives pour neutraliser totalement l’âcreté.
Une fois cuit, le tubercule révèle une texture légèrement farineuse et une saveur qui évoque à la fois la pomme de terre et la châtaigne — plus douce et moins neutre que la patate, avec une petite touche de noisette. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le taro est l’un des cinq tubercules les plus cultivés dans le monde tropical.
- Tubercule : bouilli (purée, velouté), rôti au four, frit en chips, mijoté dans les currys et ragoûts
- Jeunes feuilles : enroulées, cuisinées comme des épinards — currys, farces végétales, soupes
- Usages internationaux : poi hawaïen (pâte fermentée), feuilles au lait de coco (Comores), taro chips (Caraïbes), lait de taro (Asie du Sud-Est)
Attention aux produits transformés « arôme taro » (boissons, desserts industriels) : ils contiennent souvent très peu de taro réel et beaucoup de sucre ajouté. Pour profiter pleinement de cette plante, mieux vaut cuisiner directement un tubercule nature.
Les bienfaits nutritionnels du taro
Le taro est souvent présenté comme « plus nutritif que le riz complet » — et ce n’est pas une exagération. 📊 Il est effectivement riche en amidon (environ 33%) et en fibres alimentaires, ce qui lui confère un pouvoir rassasiant élevé. Les tubercules apportent également du calcium et du fer, particulièrement intéressants pour la solidité des os, la santé dentaire et la qualité du sang chez les enfants et les femmes.
Les feuilles, quant à elles, constituent une source intéressante de vitamines A, B1, B2 et C, en plus du fer et du calcium. La farine de taro, très digeste, entre d’ailleurs dans la composition de certains aliments pour nourrissons aux États-Unis. Selon une étude publiée sur PubMed sur la valeur nutritive des tubercules tropicaux, le taro présente un index glycémique modéré, inférieur à celui de la pomme de terre classique.
- ✅ Riche en amidon et fibres → satiété durable
- ✅ Source de calcium et fer → bénéfique pour os, dents et sang
- ✅ Feuilles riches en vitamines A, B1, B2, C
- ✅ Farine très digeste, adaptée aux estomacs sensibles
- ✅ Index glycémique modéré comparé à la pomme de terre
En pratique, intégrez le taro comme vous le feriez avec d’autres féculents : des portions raisonnables, accompagnées de légumes, en privilégiant les cuissons simples (vapeur, bouilli, mijoté) plutôt que la friture. L’ANSES rappelle l’importance de varier les sources de féculents dans une alimentation équilibrée — le taro s’y intègre parfaitement.
FAQ sur le taro
Le taro est-il rustique en France métropolitaine ?
Non. Le taro est une plante gélive : sous 0°C, les parties aériennes sont détruites et les rhizomes ne survivent que dans les sols très drainés et bien protégés. Hors des régions les plus douces, mieux vaut opter pour la culture en bac ou l’arrachage hivernal des cormes.
Le taro est-il toxique ?
Oui, cru. Les cristaux d’oxalate de calcium présents dans toute la plante provoquent des brûlures buccales et des troubles digestifs. Une cuisson prolongée (20-30 min minimum) lève entièrement cette toxicité. Les feuilles comme les rhizomes doivent toujours être bien cuits avant consommation.
Peut-on cultiver le taro en pot sur un balcon ?
Oui, à condition de lui fournir un grand contenant, un substrat riche et humide, et une exposition chaude et abritée du vent. Le pot devra absolument être rentré avant les premières gelées pour protéger les cormes.
Combien de temps faut-il pour récolter les rhizomes ?
Il faut compter 7 à 9 mois entre la plantation et la récolte, selon la chaleur et l’humidité disponibles pendant la saison de croissance.
Quelle différence entre taro, colocasia et oreille d’éléphant ?
Le taro désigne les formes comestibles du genre Colocasia, principalement C. esculenta. L’oreille d’éléphant (Alocasia) se distingue par ses feuilles dressées et son pétiole fixé au bord du limbe — elle est rarement comestible. Le tableau comparatif de cet article vous permettra de les identifier au premier coup d’œil.
Peut-on multiplier le taro soi-même ?
Oui, facilement. Au printemps, divisez les tubercules en conservant au moins 2 bourgeons par éclat. Pré-germinez en pot à 25°C avant repiquage en pleine terre ou en bac.
Le taro peut-il pousser dans un bassin de jardin ?
Oui, en plaçant le pot à peine immergé — le corme ne doit pas être entièrement sous l’eau. C’est même l’une de ses plus belles mises en valeur. Si votre bassin contient des poissons, supprimez les apports d’engrais.
Quels signes indiquent que mon taro manque d’eau ?
Les feuilles s’affaissent et tombent — parfois très rapidement. Tout manque d’eau, même temporaire, stoppe la croissance. Un arrosage régulier et un paillage épais au pied sont les meilleures préventions.
Le taro, une plante à double vie qui n’attend que vous
Rares sont les plantes capables de nourrir, de décorer un massif exotique, d’animer un bord de bassin et de s’inviter dans vos assiettes — tout à la fois. Le taro est de celles-là. Avec un peu de chaleur, un sol riche et un arrosage régulier, il se révèle étonnamment accessible, même sous nos latitudes tempérées. Alors, pourquoi ne pas tenter l’aventure dès ce printemps ? 🌱

